duminică, 4 decembrie 2022

40 ans après

Ce soleil rasant, cette lumière crue et douce en même temps, lumière des jours d’hiver quand la douceur des rayons de soleil caresse l’air frais…  Je suis ravie et impatiente de revoir Ilona, ma collègue d’école de temps de primaire et de collège. Il me semble qu’on était dans le même banc pendant un trimestre ou deux…

Je me revois en cours de littérature avec sa maman, c’était notre professeure, Madame Manescu. J’aimais la littérature, j’aimais commenter, résumer, chercher à deviner la pensée de poète, de l’écrivain, à disséquer les mots et les idées.
Je me perdais dans les longs discours, je voulais être la meilleure, mes parents étaient aussi professeurs de littérature. Mon père était considéré « le meilleur » de sa génération, dans notre petite ville entourée par les montagnes.

Je revis ces moments avec autant d’excitation et du bonheur qu’à l’époque; j’arrive à être en même temps là-bas, dans notre classe de cours, avec la tension palpable due à nos vibrations de pensée, la violence de nos désirs d’adolescents de se faire remarquer pour avoir une place, une renommée, et, en même temps, je suis ici et maintenant, dans cette rue tiède avec des odeurs de nourriture, avec des sons typiques à une population balkanique, bruyante. C’est formidable le pouvoir qu’a le cerveau de me balader dans deux dimensions, deux tranches de ma vie, simultanément; l’une de la  jeunesse et l’insouciance, de volonté de vivre la grande aventure de la vie, et, l’autre, d’être dans la vie mature et posée, avec tout le chapelet des moments plus ou moins heureux, avec les beaux coups de réussite et ceux de cuisants échecs. Il parait que la physique des cordes donne un univers composé de neuf dimensions d’espace en plus de celle du temps. Et, cette dernière, n’est pas très sure elle-même, car le temps se dilate et se rétracte en fonction de son environnement et de la vitesse du mouvement. Alors, comment dire, nous vivons un temps incertain, n’est-ce pas? A bas l’horloge atomique avec son temps universel coordonnée.

Je marche dans le vieux Bucarest, les rues piétonnes résonnent la musique de bohème, le temps des vendanges est passé et le vin nouveau coule à flot partout… Le vieux Bucarest est aujourd’hui l’endroit où les touristes croisent les filles et leur souteneur, les rabatteurs pour les clubs, les aguicheurs pour les restaurants, c’est l’endroit de l’argent facile, le roumain lambda ne peut pas se permettre de rentrer dans ces bistros, ces clubs et ces restaurants avec des prix en euros. Je n’aime pas particulièrement cette ambiance, je viens parce-que c’est plus simple, c’est au centre de la ville, le métro il n’est pas loin et les taxis abondent.

On s’était éloignés depuis longtemps avec Ilona, cela fait 40 ans à peu près qu’on ne s’était pas revues. J’avais changée d’établissement au moment du lycée, partie de côté technique, là où mon père était professeur. Je n’avais pas d’atomes crochus avec l’électrotechnique, pourtant, par la suite, j’ai suivi cette voie sans faire exprès, la vie m’a menée vers ça, l’électronique, l’informatique, avaient le vent en poupe.

C’est grâce à une fille sur Facebook que j’ai pu retrouver un vieux numéro de téléphone et, miracle, je suis tombé sur Ilona. Bien sûr qu’elle a été surprise; j’étais à Munich, dans l’aéroport, en attendant mon avion pour Bucarest; elle entendait les annonces au micro pour les embarquements des passagers, ça devait lui paraitre surnaturel tout cela. Puis, une fois l’émotion retombée, nous avons pu nous donner des nouvelles, on a pu se mettre d’accord pour une rencontre à Bucarest, dans le vieux centre-ville, c’est un des seuls endroits que je connaisse dans la capitale roumaine et elle habite là depuis une dizaine d’année.

Je me pose beaucoup des questions aujourd’hui encore, quant à ma vie et ma profession, ma trajectoire. J’adorais la littérature, mais cela c’était un jeu, je n’aurais pas voulu être professeure. J’aimais écrire, j’aimais jouer avec les mots, les rimes, la musique du récit. C’était au-delà d’un métier. C’était la Création. On ne vit pas de la création, c’est bien connu que les grands écrivains/peintres/compositeurs ont été reconnus seulement après leur mort, à titre posthume. Moi je voulais la gloire de mon vivant. Je la tenais là, à côté de moi, emprisonnée par ma pensée- j’étais son esclave. J’ai donc fait des choses hors du commun, pour arriver à ça: j’ai été celle qui montait les pentes escarpées sans avoir peur de la chute, de l’échec; celle qui, malgré tous les obstacles, arrive à toucher son but. J’ai été l’Héroïne de mon histoire. Les efforts? C’est normal. Le temps? Ça ne comptait pas. Seulement le résultat. J’ai passé ma vie à démontrer que j’étais une gagnante. Pour qui ? Pourquoi ? Pas sûr que j’ai vraiment gagné… la vie est passée à côté de moi pendant ce temps. Enfin, je suis arrivée aujourd’hui, je sais que mon chemin c’était celui-là, on peut dire que c’était mon karma. Je peux dire que « j’ai réussi ma vie ». Et, malgré cela, je ne peux pas ne pas me poser la question : « Et si j’aurais suivie cette autre voie, celle de ma passion ? »

C’est pourquoi aujourd’hui je veux rencontrer celle qui a suivi sa voie naturelle. Ilona aimait aussi la littérature, alors elle est allée en fac de lettres, à Bucarest. Sans se poser d’autres questions, elle n’avait pas à démontrer quoi que ce soit. Pas d’émigration. Pas des difficultés. Juste suivre son instinct, pas son mental. C’est plus naturel, plus simple. C’était se trouver bien dans sa peau. Vivre avec soi en harmonie. Aujourd’hui je vais savoir si Ilona a vécu sa vie telle qu’elle l’avait espérée, rêvée. Je saurais si elle a aussi cette espèce de moteur à rétroaction qui revient sur les moments passés et les mesure, les pèse, pour décider si sa vie avait été était la bonne ou pas.

Je m’arrête au Pub ou nous avons rendez-vous, en terrasse, je demande une limonade avec de la menthe et du miel. Je regarde les passants, j’essaie de l’imaginer aujourd’hui.
Ilona était la fille aux yeux verts agate, des grands yeux irisés ou on pouvait voir des tempêtes et des jours de mer calme, on ne voyait pas autre chose dans son visage … son teint « nuage de lait » portait les taches de rousseur et sa petite bouche serrée, ses cheveux châtains clair étais étirés vers l’arrière, dans une queue de cheval. Pas de mèche, pas de chichi, elle était sérieuse avec un brin de malice. Vais-je la reconnaitre, après tout ce temps? Et elle, va-t-elle me reconnaitre? Le temps à passé pour toutes les deux, nous sommes aujourd’hui plutôt vers  la sagesse et, pourquoi ne pas le dire avec honnêteté,  plutôt proches de la fin de notre voyage sur la terre, alors la fraicheur de notre teint est perdue depuis longtemps et les rides et les kilos « plaisir » on prit place.

Mon téléphone vibre, signe qu’un message est arrivé. Je vois qu’Ilona a essayé de m’appeler et a laissée un message. Je mets mon oreillette pour l’écouter. Elle me demande de l’excuser mais ne viendra pas, des soucis avec sa maman qui a Alzheimer. Je suis mitigée, déçue et contente quelque part, je garderais d’elle que l’image de notre jeunesse, et elle aussi, du coup.

Je repars dans les rues de Bucarest, le métro je le prendrais à Unirii. Je ne me presse pas, la journée est belle et encore assez chaude. Devant le métro, au square, il y a une grande affiche sur un panneau publicitaire, ou il est écrit « Ne laissez plus vos enfants seuls ou chez vos voisins quand vous émigrez! Donnez-les en adoption grâce à la Ligue de l’enfant d’Ilona Manescu et vous recevrez 1000 euros»*…  il y a aussi une photo d’Ilona, cheveux blancs, ses yeux verts sont remplis de bonté…

Je vérifie le numéro de portable qui est écrit sur l’affiche… c’est le même que celui qui se trouve dans mon répertoire au nom d’Ilona…. Ça me fais froid dans le dos….

  



În decembrie 2018, 92.027 de copii din România aveau unul sau ambii părinți plecați la muncă în străinătate. Dintre aceștia, 16.331 aveau ambii părinți plecați la muncă în străinătate și 12.806 de copii aveau unicul părinte susținător peste granițe. *sursa: Autoritatea Naţională pentru Protecţia Drepturilor Copilului şi Adopţie (ANPDCA)

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